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Pourquoi philosopher ?

 « Les philosophes les plus absolutistes planent à un tel niveau d’abstraction qu’ils ne cherchent jamais à redescendre (…) Ce qu’il nous faut, c’est une philosophie qui non seulement sollicite nos facultés intellectuelles d’abstraction, mais encore soit en prise directe avec le monde réel de nos vies humaines finies. Il faut un système qui combine les deux choses : d’une part, l’attachement scientifique aux faits et le souci de les prendre en considération, la disposition à s’adapter, à s’accommoder et d’autre part cette confiance séculaire en l’homme et ses valeurs ainsi que la spontanéité qui en résulte, qu’elle soit de type religieux ou de type romantique. Vous voici donc devant un dilemme : les deux choses que vous recherchez se trouvent irrémédiablement séparées. Vous vous trouvez face à un empirisme étranger à l’humanisme et à la religion, ou bien face à une philosophie rationaliste qui peut à bon droit se dire religieuse, mais qui n’a aucun rapport avec les faits concrets, avec nos joies et nos peines ».

W. James, Le Pragmatisme, chap. I.

Questions à propos du texte
  • Y a-t-il plusieurs manières de faire de la philosophie ?
  • Pourquoi l’auteur parle-t-il d’un « dilemme » de la philosophie ? (selon le titre du chapitre dont ce texte est extrait).
  • Si le dilemme est insurmontable, comment choisir ? Faut-il choisir entre la philosophie théorique ou la philosophie pratique, entre l’abstrait et le concret ?
  • La philosophie a-t-elle une définition univoque ?
Qu’est-ce que la philosophie ?

La philosophie n’est pas seulement la recherche de la vérité. La philosophie est l’amour de la sagesse. Or, être sage, ce n’est pas simplement connaître ou savoir. Le sage n’est pas le scientifique. Être sage, ce n’est pas simplement être certain que 2 et 2 sont 4. Être sage, c’est être prudent, c’est-à-dire être présent et attentif à une situation. Être sage, c’est savoir réagir de manière adéquate et intelligente face à une situation. Pour le philosophe, la vérité n’a pas une valeur absolue et pour elle-même : la vérité n’a de valeur que parce qu’elle nous aide à nous adapter à la vie quotidienne. Le philosophe ne cherche pas la vérité pour la vérité. Il ne cherche pas à accumuler des connaissances (ceci est valable pour vos dissertations). Le philosophe veut connaître pour mieux vivre. Pour lui, la vérité n’est qu’un moyen et pas une fin. La vérité philosophique est pragmatique : elle vise l’action. La vérité que nous cherchons doit améliorer notre existence concrète.

La philosophie a donc deux missions essentielles
  • Une mission théorique : décrire le réel. Connaître le monde. Dire des vérités sur l’expérience.
  • Une mission pratique : enrichir et améliorer le réel. En effet, le discours vrai qui doit décrire le réel ne doit pas oublier ce réel qu’il cherche à comprendre. La philosophie ne doit pas planer au-dessus du réel. Elle doit redescendre dans l’expérience afin de l’améliorer et de la parfaire. Le questionnement philosophique est à la fois théorique et pratique, à la fois abstrait et concret.

Le bonheur n’est-il qu’une illusion ? Comment être heureux ? L’Etat doit-il garantir ma liberté ? Comment devenir libre ? Qu’est-ce qu’une société juste ? Qu’est-ce qu’un comportement injuste ?

Pourquoi répondre à toutes ces questions philosophiques ? Quel intérêt ? Non pas seulement pour connaître la vérité, mais avant tout pour mieux maîtriser notre action dans le monde. Celui qui sait comment distinguer un comportement juste et un comportement injuste aura plus de chance d’adopter un comportement juste. Il pourra aussi voter en conséquences aux élections, résoudre certains conflits d’opinions, respecter les personnes qui l’entourent, etc. Il pourra aussi dire à son voisin : « non, je n’accepte pas ton comportement, car ce comportement est injuste, pour telles raisons ».

La philosophie nécessite donc une double compétence 
  • Une compétence descriptive : elle doit décrire fidèlement ce qui est, les faits tels qu’ils sont.
  • Une compétence normative : elle doit dicter, non plus ce qui est, mais ce qui doit être et ce qui devrait être. La philosophie réfléchit à ce qu’il faut faire pour réaliser son bien. Le philosophe ne se contente pas de dire : « notre société actuelle est injuste » ; il se demande aussi : « comment faire en sorte que cette société devienne plus juste ? ». Comment devons-nous agir afin que notre société devienne plus juste, plus harmonieuse, moins conflictuelle, etc. ?
Le philosophe doit mettre en œuvre deux types de volonté
  • Une volonté de savoir : comment philosopher ? En mettant en œuvre des moyens pour connaître et atteindre le vrai ; en faisant preuve d’un « attachement scientifique aux faits et d’un souci de les prendre en considération, la disposition à s’adapter, à s’accommoder ».
  • Une volonté de croire : comment philosopher ? En acceptant que la vérité a à voir avec nos joies et nos peines, avec nos croyances et nos idéaux. En ayant « cette confiance séculaire en l’homme et ses valeurs ainsi que la spontanéité qui en résulte ». Si la vérité philosophique doit toujours retourner à l’expérience et être au service de l’expérience, il se peut alors que la croyance ait sa place dans la philosophie. Philosopher, ce n’est pas seulement savoir, c’est aussi croire. Et avant tout, croire en la valeur de ce savoir.
Réponses aux questions à propos du texte de W. James
  • Y a-t-il plusieurs manières de faire de la philosophie ?

3 types de philosophes ?

  1. « Faire » de la philosophie en tant que philosophe (Kant, Descartes…) ;
  2. Faire de la philosophie en tant que professeur ;
  3. Faire de la philosophie en tant qu’élève.

Ces 3 types de philosophes exercent 2 types de philosophie :

  1. Théorique : étudier des textes, maîtriser l’exercice de la dissertation, écrire des livres de philosophie, produire une théorie philosophique (comme Newton théorise la théorie de la gravitation)…
  2. Pratique : mettre en relation la théorie et la pratique, le concept et son utilisation ou application dans le monde. Utiliser et analyser des exemples, etc.
  • La philosophie a-t-elle une définition univoque ?

Univoque ≠ plurivoque = sans ambiguïté, qui n’a qu’un seul sens, qui garde toujours le même sens, la même signification.

Sur Wikipédia, la philosophie signifie :

Nous voyons que la philosophie n’a pas de définition univoque. Cependant, nous pouvons retenir 2 caractéristiques essentielles de la philosophie, c’est-à-dire 2 caractéristiques qui appartiennent à la philosophie et qui ne peuvent pas lui être retirées :

  1. Des théories qui cherchent la vérité (mieux connaître le monde) ;
  2. Une méthode pour atteindre la sagesse (mieux vivre à l’intérieur du monde).

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