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Explication de texte (non rédigée) : Cassirer, Essai sur l’homme

« Comparé aux autres animaux, l’homme ne vit pas seulement dans une réalité plus vaste, il vit, pour ainsi dire, dans une nouvelle dimension de la réalité. Entre les réactions organiques et les réponses humaines existe une différence indubitable. Dans le premier cas, à un stimulus externe correspond une réponse directe et immédiate ; dans le second cas, la réponse est différée. Elle est suspendue et retardée par un processus lent et compliqué de la pensée. Le bénéfice d’un tel délai peut sembler à première vue bien contestable. « L’homme qui médite, dit Rousseau, est un animal dépravé » : outrepasser les frontières de la vie organique n’est pas pour la nature humaine perfection mais dégradation. Il n’existe pourtant aucun remède contre ce renversement de l’ordre naturel. L’homme ne peut échapper à son propre accomplissement. Il ne peut qu’accepter les conditions de sa vie propre. Il ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l’expérience humaine. Tout progrès dans la pensée et l’expérience de l’homme complique cette toile et la renforce. L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face. La réalité matérielle semble reculer à mesure que l’activité symbolique de l’homme progresse. Loin d’avoir rapport aux choses mêmes, l’homme, d’une certaine manière, s’entretient constamment avec lui-même. Il s’est tellement entouré de formes linguistiques, d’images artistiques, de symboles mythiques, de rites religieux, qu’il ne peut rien voir ni connaître sans interposer cet élément médiateur artificiel ».

Ernst Cassirer, Essai sur l’homme

Premier problème : Quel est le propre de l’homme ? Qu’est-ce qui le différencie de l’animal ?

I. L’homme : un animal symbolique

L’homme n’est pas un animal qui vit seulement dans une réalité « plus vaste » que celle des autres animaux : il vit dans « une nouvelle dimension de la réalité ». L’homme dépasse sa vie biologique, il renverse l’ordre naturel. Mais il fait pourtant partie de cet ordre naturel. Donc, un certain paradoxe dès le début du texte :

  • L’homme est un animal, il appartient à la nature, à l’univers matériel : « comparé aux autres animaux ».
  • Mais l’homme ≠ animal : l’homme est sorti de l’animalité. Pas une différence quantitative (« plus vaste »), pas seulement des capacités cérébrales plus étendues à différence qualitative, « nouvelle dimension ». Rupture radicale entre l’homme et la nature. Plus une différence de degrés entre l’homme et l’animal : différence de nature. Ce qui distingue les 2 mondes, ce n’est pas un accroissement de possibilités déjà plus ou moins inscrites chez l’animal de façon embryonnaire. L’homme s’est propulsé dans une zone inédite de la réalité, dans un cercle fonctionnel nouveau, apparaissant avec lui et seulement avec lui.

Pourquoi l’homme échappe-t-il à la simple nature ? à Entre les réactions organiques et les réponses humaines existe une différence indubitable. Dans le premier cas (celui de l’animal), à un stimulus externe correspond « une réaction directe et immédiate » ; dans le second cas (celui de l’homme), la réponse est suspendue et retardée par un processus lent et compliqué de la pensée. Ce processus, c’est la fonction symbolique. Il y a chez l’homme un retard, un délai, intermédiaire. L’animalité « réagit » (réactions) là où l’humanité « répond » (réponse). La faculté symbolique désigne la médiation essentielle par laquelle l’esprit échappe à la nature, s’arrache au jeu des pures forces vitales pour constituer le monde de la culture.

***Symbole = Être, objet ou fait perceptible, identifiable, qui, par sa forme ou sa nature, évoque spontanément (dans un groupe social donné) quelque chose d’abstrait ou d’absent. Ex : la colombe est le symbole de la paix. Le signe = est le symbole de l’égalité. Cassirer définit le symbole comme un instrument permettant à l’homme d’opérer une médiation entre le concret et l’abstrait, entre la nature et le concept. Symbole = un outil réflexif au moyen duquel l’homme lie le sensible (la réalité matérielle immédiate) et le spirituel (la pensée, la réflexion).

Le propre de l’homme, ce qui le distingue de l’animal, ce n’est pas exactement son essence « pensante », sa pensée ou sa conscience, mais son activité symbolique. Certes, l’homme est homme parce qu’il a une pensée ; mais il est homme surtout parce que cette pensée est symbolique. C’est cette faculté symbolique qui définit et détermine le cercle de l’« humanité ». C’est cette activité symbolique qui fait entrer l’homme dans une existence culturelle proprement humaine.

Second problème : comment se manifeste cette faculté symbolique ? Comment se manifeste ce renversement de l’ordre naturel ? Comment le pouvoir symbolique de l’homme le fait-il sortir de l’animalité ? à En créant la culture. Qu’est-ce que la culture ?

II. La culture : la « toile » enchevêtrée du symbolisme

Le langage, le mythe, la religion, l’art, la science, l’histoire sont les constituants, les divers secteurs de ce cercle. L’ensemble de ces institutions = la culture. L’ensemble de la culture apparaît par ce « renversement de l’ordre naturel », par lequel l’homme « ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique ». Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l’expérience humaine. Tout progrès dans la pensée et l’expérience de l’homme complique cette toile et la renforce.

***Culture = un système symbolique ayant pour fonction de médiatiser le rapport de l’homme à la nature. La culture s’incarne par la capacité à symboliser (abstraction, image, discours, signes).

La culture est la « toile du symbolisme », la « trame enchevêtrée ». Qu’est-ce que cela veut dire ?  Cela signifie que une culture n’est pas qu’une somme, une addition de faits sociaux, pas qu’un « ensemble » de valeurs ou de faits historiques. Chacun des éléments est lié au tout. Tout ce qui constitue la culture (le langage, le mythe, la religion, l’art, la science, l’histoire, les systèmes de parenté, etc.) doit être considéré comme une totalité organique, au sens où ces institutions ne sont pas des créations isolées, fortuites, mais sont toutes rattachées les unes aux autres par une véritable solidarité interne. Cohésion interne au sein d’une culture : non pas uniformité, non pas que tout est identique et homogène, mais tout est attaché. Les éléments constituant le symbolisme ne sont pas juxtaposés, séparés ; mais au contraire dépendants, solidaires, comme les fils différents qui tissent la toile. La pluralité et la diversité des éléments n’empêchent pas l’unité de la culture : ce sont ces divers éléments qui permettent au système d’exister, comme les fils forment une seule et même pièce de tissu. Les différentes parties forment le tout.

***Culture = le produit du symbolisme qui fonctionne comme un réseau où s’entremêlent, se recoupent, s’entraident et se complètent les divers éléments qui le constituent.

Troisième problème : quelle est la valeur de cette activité symbolique ? Quel est le « bénéfice » de ce monde symbolique dans lequel nous vivons ? Faut-il regretter le monde purement naturel ? Faut-il revenir à une existence purement animale ?

III. Nature, culture et connaissance : le danger de la médiation symbolique = l’homme se sépare du réel

Le bénéfice de la faculté symbolique peut sembler contestable « à première vue ». CF. Rousseau, l’homme qui médite est un animal dépravé. Pour Rousseau, outrepasser la nature pour entrer dans la culture = dégradation, dépravation. Mais, pour Cassirer, l’homme n’a pas le choix : « il n’existe pourtant aucun remède contre ce renversement de l’ordre naturel ». L’homme ne peut échapper à son « accomplissement » culturel. Il ne peut qu’accepter les conditions de sa vie propre. Il y a comme un destin de l’homme. Cette mutation humaine est irréversible : il ne vit « plus » dans le monde naturel. ≠ Rousseau. Pour Cassirer, c’est dans ce délai qui s’ouvre entre l’homme et la nature, dans cet écart par rapport à la continuité naturelle, que l’homme va pouvoir réaliser ses potentialités, se développer lui-même, s’accomplir. Homme = être qui ne peut être lui-même que dans et par la culture. Accepter de devenir plus que ce que je suis par nature.

L’homme ne voit pas le réel tel qu’il est. Il voit le réel selon son point de vue sur le réel. La conséquence est que l’humain n’a plus affaire au monde tel qu’il est, au monde en soi, mais toujours à la réalité représentée, au monde tel qu’il apparaît de manière médiate, au monde tel qu’il est perçu à travers le prisme du symbolisme. « L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face. La réalité matérielle semble reculer à mesure que l’activité symbolique de l’homme progresse ». Le réel n’est plus atteint que par la médiation symbolique, la médiation cultuelle.

Question de la VERITE en rapport avec la culture : est-ce que mon activité symbolique est en adéquation avec le réel ?

Plus nous mettons en œuvre notre faculté symbolique, et plus nous transformons le monde, plus le monde des choses recule : il est objet de notre interprétation symbolique. On perçoit le monde à travers notre univers mental (qui est différent du voisin).L’homme se re-présente le réel, il le double. Il continue de percevoir le réel, mais cette présence est interprétée en fonction de sa nature culturelle. Perte d’une relation immédiate à la nature. Notre rapport au monde se fait nécessairement par une « activité signifiante », par l’institution et la construction de signes, de symboles, de formes. La connaissance du monde ne peut jamais se passer des images et des signes ; elle ne peut jamais nous être donnée directement, immédiatement et par intuition.

Donc, second paradoxe du texte :

  • D’un côté la culture est ce qui forme notre esprit, ce qui nous aide à percer le réel. Le symbolisme est tout ce que l’homme utilise pour mieux comprendre le réel : les images, les métaphores, sont utilisées pour mieux décrire la réalité. De même, les signes mathématiques devraient nous aider à expliquer le réel. La religion est aussi une forme de recherche de compréhension du monde : y a-t-il quelque chose après la mort ? Comment le monde a-t-il été créé ?
  • D’un autre côté, c’est précisément à cause du symbolisme et de note culture que le réel est condamné à nous échapper : « Loin d’avoir rapport aux choses mêmes, l’homme, d’une certaine manière, s’entretient constamment avec lui-même. Il s’est tellement entouré de formes linguistiques, d’images artistiques, de symboles mythiques, de rites religieux, qu’il ne peut rien voir ni connaître sans interposer cet élément médiateur artificiel ». Les outils dont je me sers pour décrire et comprendre le monde sont précisément ceux qui m’empêchent d’avoir une connaissance objective et directe du réel.

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