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Explication de texte (non rédigée) : Heidegger, La question de la technique

Texte :

La technique a deux sens

1. Quelle est la définition de la technique ? Définition instrumentale et classique de la technique : la technique est une maîtrise de la nature par la fabrication. Technique = technè ; savoir-faire, habileté. La technique est l’ensemble des outils pour atteindre une fin utile .

*** Technique = habileté, art, savoir-faire. L’ensemble des savoir-faire mis en œuvre dans une activité productrice. Ensemble des outils, machines et technologies liés à ce savoir-faire. Capacité de mettre en œuvre des règles connues pour obtenir un résultat souhaité. Technique = ensemble de procédés découlant d’une connaissance scientifique (savoir), d’un savoir-faire et conduisant à des applications pratiques. Ensemble de procédés bien définis et transmissibles, destinés à produire un résultat utile. Alliance du savoir (théorique), du savoir-faire (l’exercice pratique de la force) et de la fin utilitaire.

2. Mais la question est aussi : quelle est l’essence de la technique ? Selon Heidegger, la technique est un mode du « dévoilement », c’est-à-dire un mode de connaissance et de relation avec la nature. La technique n’est pas seulement faite d’objets techniques, d’outils ou de savoir-faire techniques : elle est essentiellement une certaine manière que l’homme a de se tenir dans le monde, une manière d’être au monde, une manière de se rapporter à tout ce qui l’entoure, de se représenter le réel, une façon d’être par rapport à la vérité et à l’être. La « technique » est une manière de considérer et de percevoir les choses, de les dévoiler. Technique est une vision du monde, un rapport au monde.

Deux types de techniques = deux types de dévoilements = deux types de rapports à la nature 

  1. La technique ancienne = lorsque le rapport de l’homme à la nature n’était pas agressif. Il s’agissait d’accompagner la nature, d’en prendre soin. La technique était production : elle ne faisait pas violence à la nature. Entre l’homme et la nature, il n’y avait pas de relation de domination. Ex : le moulin à vent.
  2. La technique moderne = lorsque l’homme cherche à se rendre maître et possesseur de la nature (Descartes) : « obtenir, transformer, accumuler, répartir, commuer ». La technique moderne est un rapport de domination à l’être. Cette technique n’est plus une « production », mais une « provocation ». La technique moderne est un rapport de consommation/domination avec le monde. Mode économique de relation au monde : je consomme le monde, souci de rendement et d’accumulation. Provocation = forcer la nature, la soumettre. La nature est « mise en demeure » : elle est forcée de fournir à l’homme ce qu’il lui réclame. Le réel est à la disposition de l’homme. Attitude agressive qui consiste à dominer le réel, à passer commande au réel ; à le manipuler selon notre volonté, à le mettre à notre disposition. Ex : la centrale dans le Rhin.

Avec la technique moderne, le rapport au réel change : on commande à une région d’être un stock disponible de charbon et de minerai qu’on peut extraire pour nos besoins. Le monde devient un « fonds » disponible et exploitable. La technique est une manière de se rapporter au monde. Or, ici, la manière est une domination. Le réel est perçu comme un stock d’énergie exploitable, comme un fonds disponible qui est à notre service. J’appuie sur un bouton, la lumière s’allume ; je tourne un robinet, l’eau coule ; je tourne une clé, la voiture démarre ; j’appuie sur la pédale, elle accélère… Cette manière de considérer le réel comme un objet de consommation découle de l’attitude technique face à la nature, c’est-à-dire du mode de dévoilement technique moderne.

Exemples :

  • Le moulin à vent ne commande pas le vent, il accompagne le mouvement du vent. Ses ailes « sont livrées directement à son souffle ». De plus, le moulin met l’énergie de l’air à notre disposition, mais pas pour l’accumuler. Le moulin s’en remet au vent, il dépend du vent et il le laisse être ce qu’il est : si le vent souffle, alors le moulin tourne. L’énergie du vent est utilisée quand elle est là, mais l’énergie du vent n’est pas accumulée ni commandée.
  • Le champ du paysan. Selon la technique ancienne, cultiver la terre = « entourer de haies et entourer de soins ». Le paysan « confie la semence aux forces de croissance ». Au contraire, selon l’agriculture moderne, cultiver =  industrie, violence.
  • Le Rhin : avec la technique, une centrale hydroélectrique est mise en place dans le Rhin, mais cette maîtrise de la nature n’est pas comparable au « vieux pont de bois » qui unit une rive à l’autre. Pont = l’homme s’adapte à la nature ; il ne l’exploite pas. Dans la technique moderne, ce n’est pas la centrale qui est construite dans le courant du Rhin, mais bien plutôt le fleuve qui est muré dans la centrale. L’homme commande le cours du fleuve.

L’essence de la technique change l’essence de la nature

Conséquence : est-ce que le Rhin demeure ? « Comment demeure-t-il ? » Pas autrement que comme « un objet pour lequel on passe une commande ». Le Rhin n’est plus un fleuve : ce n’est plus une chose naturelle. Ce qu’est le Rhin = un fournisseur de pression hydraulique pour l’homme. L’essence de la technique change l’essence du Rhin. L’homme contemporain ne voit plus le fleuve comme avant. La technique ancienne laissait le fleuve être ce qu’il est. Maintenant, la réalité du Rhin se dévoile différemment : elle devient un fonds disponible.

Danger 1 : l’ « arraisonnement » et l’objectivation du réel

Risque que la technique calculante devienne notre seul mode de rapport au réel. Danger cognitif et moral : objectiver le réel, traiter la nature comme un moyen ou un objet. Le risque de cette technique est que l’homme ne soit plus capable de voir le monde autrement que comme un stock d’énergie, un fonds disponible. Le réel n’a de sens pour l’homme que comme ressources d’énergies ou comme matériaux soumis à la maîtrise scientifique et technique. La nature est « sommée » de fournir ce dont j’ai besoin. La relation technique au monde conduit à considérer que le monde doit être conforme aux lois de la raison et non plus à ses propres lois : la nature n’est plus autonome. Les choses n’ont de réalité que comme « moyens », que comme objets utilisables par l’homme. L’arraisonnement désigne cette relation de domination : à force de vouloir maîtriser la nature, l’homme met la nature « à la raison », il met la nature au régime de la raison.

Selon Heidegger, le danger est que les autres manières de considérer le réel (l’art, la philosophie, la religion) disparaissent. Ce mode de dévoilement technique du réel menace tous les autres modes de dévoilement. Lorsque l’artiste peint le paysage = rapport non technique au monde. Le peintre ne dévoile pas la réalité comme un fond disponible à exploiter, il ne la commande pas : le peintre la dévoile, il célèbre le réel sur la toile. Il laisse les choses devant lui être ce qu’elles sont. Il rend visible la nature, il fait apparaître l’être, il révèle la beauté. Or, la technique risque de devenir notre seule manière d’accéder au réel. L’homme ne sait plus « regarder » le monde autrement. Notre rapport à la nature est tellement médiatisé par la technique que l’on ne voit plus ce qu’est la nature. à Conséquence sur la connaissance du monde. La technique menace le rapport entre l’homme et le monde. L’homme n’a plus affaire qu’à « un fonds », l’homme domine tellement la nature qu’il ne rencontre que du Même, il ne rencontre partout que lui – même. Sa relation au monde n’est plus qu’une relation unilatérale de domination et de calcul : l’homme rationnel (l’homme qui calcule) cherche à exercer sa domination sur l’étant (ce qui est ; le réel). L’homme ne se préoccupe plus de connaître la nature, de la comprendre et de l’approcher. Il ne se soucie plus d’entrer dans la proximité essentielle des choses ; il ne fait qu’errer dans un monde humain.

L’art, la religion, la philosophie sont d’autres manières d’appréhender le réel. Ce sont des rapports de respect, de laisser-être. Selon Heidegger, il faut réapprendre à ne pas exploiter le réel, à le laisser être comme il est. Laisser-être, c’est-à-dire laisser être les choses et les hommes comme ils sont. Art, religion et philosophie sont des possibilités de résistance à la technique. Ce sont des dimensions de la vie humaine où l’homme cesse d’être un provocateur et un consommateur.

Danger 2 : la déshumanisation de l’homme lui-même

L’autre danger de la technique est que l’homme en vienne à se considérer lui aussi comme une chose, comme un fonds disponible et exploitable. L’homme lui-même devient un produit consommable, un fonds disponible à transformer, un objet à soumettre. L’agression contre tout ce qui est fait que la vie elle-même devient un produit comme un autre qu’on cherche à manipuler. L’homme fait partie de ce réel qu’il objective. L’homme est à sa manière une pièce de ce fonds disponible. Donc l’agression de la technique contre la nature est aussi une agression contre l’homme. L’homme, lui aussi, est quelque chose de réel. Si le réel n’est que cette mise en demeure, le risque est que l’homme soit pris dans cette relation. Risque de réduire l’homme à la matière.

Exemple : C’est le cas lorsque les hommes considèrent leur propre vie quotidienne sur le mode de la provocation, du rendement, de l’utilité. Je vais concevoir ma vie comme une carrière à gérer pour en tirer un maximum d’argent ; je vais concevoir et utiliser mon temps comme un temps à exploiter au maximum en le remplissant d’activités, et en ne laissant jamais de temps libre ; donc je n’ai pas le temps de penser ou de me poser des questions philosophiques… Je finis par oublier que je suis « une fin » et jamais simplement un « moyen ».

*** Arraisonnement = faire violence à la NATURE, au réel (danger 1) + faire violence à la RAISON , à l’homme (danger 2).

La technique est-elle neutre ?

Neutre = la présence de la technique ne change rien à notre existence ; la technique ne produit aucun conflit.

La technique est-elle une menace ? Est-elle positive ou négative ? Quelle est la valeur de la technique ?

  1. La technique moderne (provocation) est une menace.
  2. Mais la technique ancienne (le moulin) est positive : la technique comme production, celle de l’homo faber qui, comme l’artiste, « entoure de soins » son œuvre, n’est pas un désastre.

Problème : peut-on revenir en arrière ? La technique altère et détermine notre être , elle modifie ce que nous sommes. La technique est une puissance qui fabrique par-dessus la nature, mais qui fabrique aussi l’humain : elle me transforme. Elle n’est pas neutre : l’homme moderne est transformé par son activité technique.

Nous pourrions dire : la technique peut être qualifiée de « neutre » au sens où, par essence, la technique n’est ni bonne ni mauvaise : le critère de bon ou de mauvais dépend de l’utilisation que l’on fait de la technique. Par essence, la technique est ambiguë. Un même médicament peut tuer ou guérir. La technique en soi est neutre, c’est l’humain qui s’en sert pour faire le bien ou le mal. La valeur de la technique dépend de la volonté et de l’action humaines.

MAIS, en réalité, la technique n’est neutre que si on définit la technique dans son sens instrumental d’outil. Or, dans ce texte, l’essence de la technique est d’être un mode de dévoilement : en tant que tel, la technique désigne une manière d’être au monde. Elle n’est pas un objet neutre ou un outil que je suis entièrement libre d’utiliser ou non et dont seule l’utilisation que j’en fais aurait des conséquences.

De plus, cette conception « neutre » de la technique suppose un homme maître de lui-même, c’est-à-dire un homme qui resterait indépendant de l’évolution de la technique elle-même, un homme qui ne serait pas transformé ou affecté par son activité technique. Or, l’homme se produit en même temps que sa production technique. Il se change. Sa production est autoproduction de lui-même. Et ce changement ou cette autoproduction peut se faire sans sa volonté, en dehors d’un acte de conscience. Peut-être que l’homme ne « choisit » plus la technique ni quand il va la développer. Peut-être que l’on a déclenché des processus qui nous dépassent et qui nous modifient en même temps. C’est ce qu’Heidegger appelle le « destin » de la technique. Il y a quelque chose qui relève du destin de la technique à l’homme déclenche des processus et des actions qu’il ne peut plus maîtriser (Cf. Texte de H.Jonas). La technique serait un destin que l’humain s’imposerait à lui-même ; mais un destin quand même, c’est-à-dire un fatum sur lequel il n’aurait plus la main. L’homme déclenche des forces qui le dépassent.

Une réponse sur « Explication de texte (non rédigée) : Heidegger, La question de la technique »

Le sujet est tres difficile dans son approche et son traitement. Le texte porte sur la question du possible lien de causalite entre les lois et les phenomenes de la nature d’une part, les autres phenomenes, humains et sociaux d’autres part. Le probleme peut etre pose ainsi : habituellement, les lois et les phenomene humains et sociaux se comprennent independamment des lois et phenomenes de la nature. Mill prend le contre-pied de cette idee et enonce la these suivante : tous les phenomenes humains sont en meme temps des phenomenes de la nature. Pourquoi ? Car les lois qui regissent la nature et la societe sont les memes. Or, la nature etant anterieure a la societe, la premiere determine la seconde. L’idee doit etre precisee ainsi tout au long de l’analyse : les lois sont toujours les memes, ce sont les circonstances dans lesquelles les lois s’appliquent qui changent (circonstance naturelles VS circonstances sociales). Il etait bon de donner quelques exemples, finalement simples : la loi physique de la pesanteur qui s’applique dans la nature, s’applique aussi a dans societe humaine (mais pas sur les memes realites et pas dans les memes circonstances) Notions du programme en jeu : la raison et le reel, la demonstration, la culture.

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