Catégories
Dissertation Méthodologie Préparation BAC

Les 7 défauts capitaux de la dissertation

L’erreur est humaine, mais la dissertation est inhumaine.

Voici, dans l’ordre de gravité, les 7 erreurs fréquentes à éviter pour réussir votre dissertation :

1. Vous ne traitez pas le sujet dans sa spécificité.

« Sommes-nous civilisés par nature ? » « La culture dénature-t-elle l’homme ? » « L’homme est-il un être de culture ? ». Au bac, la principale qualité que l’on valorise, c’est votre capacité à répondre au sujet, c’est-à-dire à répondre à ce sujet-là en particulier. Il ne faut donc ni plaquer le cours sur nature/culture ni traiter un autre sujet que celui qui est proposé. Pour rester au plus près du sujet, il y a plusieurs choses à faire :

  • D’abord, dans votre plan, chaque titre doit contenir tous les mots du sujet.
  • Mais, il n’y a pas que le titre des parties qui soit une réponse au sujet : à l’intérieur des sous-parties, il faut que les termes du sujet apparaissent toutes les 3 phrases ! Dites-vous que chacune de vos phrases doit servir la réponse au sujet : n’écrivez rien qui ne soit guidé par la volonté de répondre au sujet. Ici, si vous faites 10 lignes sur le mensonge chez Kant = hors-sujet. En quoi les explications que vous faites sur l’interdit du mensonge vous disent-elles si nous sommes civilisés par nature ?
  • Repérez, au brouillon et dans l’introduction, les notions abordées par le sujet, et interdisez-vous de traiter d’autres notions. Par exemple, dans « Sommes-nous civilisés par nature ? », la question de la civilisation et du « bonheur » a peu d’importance. N’écrivez pas : « Pour Freud, la civilisation rend l’homme malheureux ». En quoi cette phrase est-elle une réponse au sujet ? Telle qu’elle est formulée, cette phrase est hors-sujet, parce que la question du malheur et du bonheur n’est pas directement liée au sujet.
  • En revanche, il faut que vous arriviez à LIER vos connaissances au sujet. Il faut faire ENTRER vos connaissances dans le cadre du sujet. Utilisez vos connaissances comme des moyens pour répondre à la question, et non comme des fins. Si vous finissez une partie en disant : « Ainsi, la civilisation fait le malheur de l’homme : il n’est pas heureux dans la culture car la culture musèle son désir », votre partie passe pour un hors-sujet parce qu’elle ne fait pas le lien avec le sujet. Cette formulation est une fin et non un moyen. Elle « finit » votre discours. Dites plutôt : « Pourquoi la culture rend-t-elle l’homme malheureux ? Si l’homme est malheureux dans la civilisation, c’est parce qu’elle va à l’encontre de sa nature. Et si la culture va à l’encontre de la nature de l’homme, c’est donc que la nature de l’homme n’est pas culture. L’homme n’est donc pas civilisé par nature : au contraire, il est naturellement agressif, et la souffrance qu’il éprouve en vivant dans la civilisation témoigne de sa nature non-civilisée ». La question du bonheur doit vous servir à traiter le sujet.

2. Vous passez à côté du problème réel, des enjeux et de la gravité du sujet.

La problématique n’est pas simplement une reformulation de la question du sujet. Si c’était le cas, on pourrait s’en passer. Pourquoi vous demande-t-on ce travail de problématisation ? Parce qu’il faut trouver un vrai problème pour pouvoir le résoudre. Gardez à l’esprit cette phrase de G. Bachelard : « L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes ».

Sommes-nous civilisés par nature ? Telle quelle, cette question ne pose pas de problème. Non, nous ne sommes pas civilisés par nature. C’est évident. C’est la culture qui nous rend civilisés. Alors pourquoi disserter ? Il faut trouver un enjeu : l’enjeu ici, c’est la nature de l’homme. Est-ce que la nature de l’homme est sociable ? Est-ce que c’est ma nature qui me pousse nécessairement à être civilisé ? Or, la nature de l’homme semble être paradoxale : l’expérience ou l’histoire montre que d’un côté, l’homme est agressif et égoïste ; d’un autre côté, l’homme a besoin de vivre en communauté, avec d’autres. D’un côté, l’homme est violent, malhonnête, dangereux ; de l’autre, il a besoin d’aimer, de parler, de rire, de lire, etc. tout ce qui fait la civilisation. Il y a là un réel problème : la nature de l’homme est également civilisée et non-civilisée ! Là, vous tenez un réel problème, qui vous tiendra en haleine tout au long de la copie. Si nous ne sommes pas civilisés par nature, cela veut dire que naturellement nous sommes non-civilisés : agressifs, méchants, cruels, ou à minima non-social. Mais, dans ce cas-là, comment devenons-nous civilisés ? Si nous sommes naturellement mauvais ou naturellement faits pour ne pas vivre en société, cela veut dire que la civilisation est contre-nature. Mais comment pourrait-on affirmer cela, puisque sans civilisation, il n’y aurait rien pour canaliser notre nature agressive ?! D’un autre côté, si nous sommes civilisés par nature, comment expliquer les guerres ? Si la nature de l’homme était « civilisée », aurions-nous besoin de tribunaux ?! Etc…

3. Vous n’utilisez pas les définitions à bon escient.

La dissertation est une progression des définitions. C’est pourquoi il faut se concentrer sur les définitions utiles. Ne définissez pas tous les mots à n’importe quel moment. Les définitions des mots doivent vous servir : elles doivent donc être sélectionnées et opportunes. Elles doivent servir la progression de votre argumentation. Par exemple, dans un sujet où il y a le mot « nature », il faut certes définir ce mot, mais il faut choisir un des sens du mot selon le moment de la dissertation et selon ce que vous voulez défendre. Si la dissertation est une progression des définitions, il faut faire évoluer les définitions ! Inutile de faire un bloc en introduction qui présente TOUS les sens du mot nature : n’utilisez que les sens du mot qui servent votre problématique. Dans « Sommes-nous civilisés par nature ? », il importe peu de savoir en introduction que la « Nature » désigne la Terre, l’ensemble de la biosphère, l’environnement et les vivants. En quoi cette définition est-elle en lien avec le sujet ? En quoi vous aide-t-elle à répondre au sujet ? De même, dans le développement, vous devez utiliser les définitions comme des arguments ou comme des conditions de possibilité de vos affirmations : c’est parce que vous définissez le civilisé comme un être moral, que vous pouvez dire ensuite que nous ne sommes pas civilisés par nature ! N’écrivez donc pas : « rappelons en passant que la définition de nature est… ». La définition n’est jamais un rappel annexe. Votre définition n’est pas anecdotique : elle est la condition pour que votre thèse soit vraie.

4. Vous faites une liste d’idées plus ou moins identiques au lieu d’une argumentation logique.

C’est ce qui explique le manque de transitions. Il ne faut pas commencer vos parties par « De plus » ; « Aussi » ; « Pareillement ». Ces fausses articulations sont les signes que vous accumulez des idées sans lien logique. Or, une dissertation est une argumentation : les idées doivent être articulées entre elles. Ces articulations doivent être pensées dès l’élaboration du plan au brouillon. Votre plan ne doit pas être une liste. Comment articuler vos idées ? D’abord, en gardant à l’esprit que votre plan doit progresser. Idéalement, vos parties devraient commencer par : « Toutefois » ; « Mais… si» ; « Pourtant ». On progresse toujours en solutionnant des problèmes. Chaque partie doit enrichir la précédente, la faire évoluer : en la dépassant, en allant plus loin, en modifiant les définitions utilisées dans la partie précédente.

5. Vous n’utilisez pas les repères conceptuels.

Comment faire votre plan sans faire une liste ? Comment nuancer vos idées ?Comment faire une transition entre des idées qui se ressemblent ? Vous avez parfois l’impression que vos sous-parties disent la même chose : elles répètent l’idée générale de votre grande partie. Comment bien distinguer vos arguments ? C’est le rôle des repères conceptuels. Sans eux, vous ne pouvez ni analyser le problème du sujet, ni y répondre de manière nuancée et progressive.

Par exemple, dans « Sommes-nous civilisés par nature ? » : en introduction, vous ne pouvez pas trouver le problème sans expliciter la distinction entre inné/acquis ; entre essence/accident ; entre nécessaire/contingent. De même, dans votre développement, vous ne pouvez pas évoluer d’une partie à l’autre sans la distinction entre en acte/en puissance. Par exemple : d’un côté (sous-partie 1), nous sommes civilisés par nature (« naturellement majeurs » chez Kant). D’un autre côté (sous-partie 2), nous ne sommes pas civilisés par nature (Kant dit bien qu’il faut faire l’effort de devenir majeur). Or, vous ne pouvez pas affirmer une chose et son contraire. Comment solutionner ce problème ? à En faisant une sous-partie 3, grâce au repère conceptuel : « Certes, en acte, nous ne sommes pas toujours et nécessairement civilisés, il faut construire sa civilisation, donc elle n’est pas innée. Toutefois, en puissance, nous sommes bien naturellement capables d’être civilisés : la civilisation est une possibilité de notre nature. Donc, nous sommes bien civilisés par nature, mais cette nature est en attente de se réaliser ». Les distinctions vous permettent de solutionner les problèmes et les paradoxes ! Ce sont eux qui vous permettent d’aller plus loin que le sens commun et d’entrer dans la philosophie.

6. Vous confondez les auteurs et les arguments.

Ne commencez pas vos parties par le nom d’un auteur. Le nom des auteurs ne doivent pas apparaître avant la 5ème ligne de chaque sous-partie. Sinon, c’est le signe que les auteurs parlent à votre place. Or, la dissertation ne retrace pas l’histoire de la philosophie. N’écrivez pas : « nous verrons l’avis de Freud sur ce point ; puis l’avis de Rousseau ; puis celui de Kant ». La dissertation n’est pas une liste d’opinions d’égale valeur qu’il suffirait de retranscrire. Les idées des auteurs ne sont en rien de preuves de ce que vous affirmez. L’auteur ne fait pas autorité : ce n’est pas parce que Kant l’a dit que son discours est une justification. Or, ce que l’on vous demande, c’est de justifier vos idées : pourquoi affirmez-vous cela ? Qu’est-ce qui vous autorise à le dire ? Il faut chercher cette autorisation, non pas chez les auteurs, mais dans votre raisonnement logique, votre expérience, vos définitions, vos concepts…

7. Vous allez contre les évidences et du plus complexe au simple.

Pour que votre dissertation soit une progression, vous devez commencer par les idées les plus évidentes ; celles qui viennent à l’esprit en premier, celles qu’un non-philosophe pourrait avoir. Procédez du simple au complexe ! Par exemple : « Sommes-nous civilisés par nature ? ». Quelle est la réponse la plus évidente ? Vous pouvez ne pas être d’accord, mais certaines choses sont plus évidentes que d’autres ! Ici, l’évidence c’est que nous ne sommes pas civilisés par nature : au contraire, par nature, l’homme semble avoir un penchant à l’agression, à l’égoïsme, à l’individualisme. Après avoir développé cette idée, vous pouvez alors vous demander : mais est-ce si simple ? Est-ce que l’homme est nécessairement agressif ? Il est aussi moral et bon. Mais cette bonté est-elle naturelle ? Est-elle construite ? Est-elle en puissance dans sa nature ?

Il en va de même pour les définitions : ne commencez pas par des définitions « philosophiques » ou par des définitions spécifiques aux auteurs. Qu’est-ce que la civilisation ? Il ne faut pas commencer par : la culture (ou civilisation) est définie comme le bonheur. Certes, dans la dernière partie du cours, nous avons abordé la question du bonheur. Mais, à première vue, dans la définition du mot « culture » ou du mot « civilisé », ou même dans son sens « courant », rien ne relie la culture et le bonheur. Pour un non-philosophe et dans le dictionnaire, la culture est simplement le développement de nos facultés, de nos connaissances, de nos valeurs, de nos compétences… Et la civilisation désignerait plutôt un ensemble regroupant des individus, des connaissances, des traditions et formant une société.

Même chose pour les utilisations des auteurs : ne tordez pas les pensées des auteurs ! Servez-vous des auteurs de la manière la plus simple. Par exemple, comment utiliser l’introduction à l’Esthétique de Hegel ? Selon ce texte, sommes-nous civilisés par nature ? Hegel nous dit 3 choses : 1 – l’homme est une chose parmi les choses (un en-soi) ; 2 – mais l’homme est aussi une conscience (un pour-soi) ; 3 – cette conscience, il l’acquiert au fur et à mesure de son existence, par son activité théorique et pratique dans le monde. Le plus simple, c’est de dire : « donc, si être civilisé c’est avoir une conscience ; l’homme n’est pas civilisé par nature, puisqu’il doit construire sa conscience au fur et à mesure de son existence sociale concrète : l’enfant n’a pas complètement développé sa conscience (sa civilité), il la développera par son activité théorique et pratique ». Ne me dites pas : « l’homme doit construire sa conscience, mais comme Hegel dit aussi que l’homme est un en-soi, c’est qu’il est un être vivant, et donc qu’il a une nature, et donc par nature il est civilisé parce que la conscience est une capacité que l’on a de manière innée ». Cet argument peut se défendre à l’aide du repère en acte/en puissance ; mais il est contre-intuitif ! Il ne faut pas commencer une dissertation par un argument tortueux (= qui fait des détours).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *